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Uriel et Les Pierres Descellées (épisode 6)

I. L’Homme au Plan Médian

Il y a des nuits qui ne finissent pas quand le soleil se lève.

Uriel le comprit en rentrant de la forêt, à l’heure où Paris commençait à s’éveiller de son sommeil ordinaire les premiers livreurs, les premiers cafés ouverts, les premiers pigeons déjà au travail sur les trottoirs avec cette application tranquille des êtres qui n’ont jamais douté de leur raison d’être. Il rentra chez lui, s’assit à son bureau sans allumer la lampe, et resta ainsi un long moment dans la lumière bleue de l’aube qui filtrait par sa fenêtre, avec la sensation très nette d’être un homme différent assis dans les meubles d’un homme qu’il n’était plus tout à fait.

Il avait franchi la balustrade.

Ce geste —un pas, un seul, délibéré et conscient  avait quelque chose d’irréductiblement physique qui le distinguait de toutes les transformations intérieures qu’il avait connues jusqu’alors. On peut penser différemment sans que le corps le sache. On peut comprendre une vérité nouvelle sans qu’elle vous ait encore changé dans la chair. Mais franchir une limite avec le pied, dans un espace chargé de l’intention de deux siècles et demi de chercheurs, devant des hommes qui avaient prêté les mêmes serments — cela, le corps le savait. Les genoux le savaient. La paume qui serrait encore, par habitude, la clef du Palladium dans sa poche.

Il posa la clef sur son bureau.

Et il attendit.

Il ne savait pas exactement ce qu’il attendait. Mais il avait appris, depuis la première nuit de la pierre descellée, que certaines révélations ne se forcent pas qu’elles viennent d’elles-mêmes, à l’heure qu’elles ont choisie, quand l’homme a suffisamment cessé de les chercher pour qu’elles consentent enfin à se poser.

 

II. Le Retour dans l’Aréopage

Trois semaines plus tard, le Très Puissant Grand Maître lui fit parvenir un message.

Pas un courriel. Pas un message sur un téléphone. Une lettre, manuscrite, glissée sous sa porte un matin que rien ne distinguait des autres — sauf, peut-être, cette qualité particulière de la lumière qui entrait par les fenêtres, ce quelque chose dans l’air qui ressemblait à la veille d’un orage ou à la veille d’une naissance.

Frère Uriel. L’Échelle vous attend. Cette nuit. L’heure où la nuit commence.

Il n’y avait pas d’autre adresse que celle qu’il connaissait déjà. Pas d’autre indication. Juste ces deux phrases, et en dessous, un signe qu’il reconnut sans pouvoir l’expliquer — une étoile à cinq branches, tracée d’un seul trait.

Le pentagramme.

 

III. Face à l’Occident

Quand il descendit dans le Sublime Aréopage ce soir-là, quelque chose avait changé dans la disposition de la salle.

L’Échelle était là.

Non pas l’échelle de bois sombre qu’il avait vue accrochée au mur de la librairie de la rue de la Verrerie  bien que cette vision lui revînt soudainement avec une précision nouvelle, comme si elle avait toujours été le prologue de ce moment-ci. Celle-ci était plus grande, plus ancienne, posée à l’oblique entre le sol de pierre et le mur de la salle, ses sept échelons portant chacun une lettre hébraïque gravée dans le bois sombre. Une échelle que l’on n’empruntait pas avec les pieds.

Une échelle que l’on descendait avec l’âme.

Le Maréchal de l’Ordre conduisit Uriel de l’autre côté de l’Échelle Mystique, et le plaça face à l’Occident.

Face à l’Occident. Le dos à l’Orient. Tourné vers le couchant, vers la fin des choses, vers cette direction que les traditions de tous les temps ont associée au déclin, à l’achèvement, à la mort  et, pour ceux qui savent regarder au-delà du coucher, à la promesse d’un lever à venir.

Le Grand Prieur vint à l’autel, ouvrit le Volume de la Loi Sacrée à l’évangile de Luc, chapitre douzième, verset trente-cinq  et posa l’épée sur les pages ouvertes, comme Uriel l’avait vu faire lors de la première ouverture des travaux.

La force au service du Verbe.

Toujours.

Le Très Puissant Grand Maître prit la parole.

— Frère Commandeur, guide les récipiendaires dans leur descente à travers les sept cieux de la manifestation.

 

IV. La Descente

Uriel posa la main sur le pentagramme qui reposait au premier échelon.

La pierre était froide sous ses doigts  ou plutôt, le pentagramme l’était, cet objet de métal ancien et poli que le Commandeur lui avait remis sans explication, comme on remet à quelqu’un un outil dont on sait qu’il en découvrira l’usage par lui-même.

La voix du Second Sénéchal s’éleva dans le silence de la salle avec cette qualité particulière que prennent les voix lorsqu’elles prononcent des mots que la répétition a purifiés de toute affectation :

— SATURNE ! Puise à pleines mains le raisonnement et l’intelligence.

Saturne. Le premier ciel. Le plus lent des astres anciens, celui qui gouverne le temps, la patience, l’architecture patiente des choses qui durent. Uriel pensa à son père homme de Saturne s’il en fut, qui avait passé sa vie à construire lentement, méticuleusement, sans jamais se plaindre de la lenteur. Il avait toujours cru que cette lenteur était une faiblesse. Il comprenait maintenant que c’était une forme de sagesse que Saturne seul enseigne : celle de consentir au rythme des choses plutôt que d’imposer le sien.

Le Commandeur lui indiqua de poser le pentagramme sur le deuxième échelon.

— JUPITER ! Que te soit impartie la force d’agir !

Jupiter. La force d’agir non pas la force brute, non pas l’énergie de la jeunesse qui se dépense sans compter, mais quelque chose de plus royal, de plus mesuré. La force de celui qui agit parce que le moment est juste, parce que l’action est nécessaire, parce que l’inaction serait une trahison. Uriel pensa à toutes les fois où il avait renoncé par crainte de mal faire, où il avait préféré l’immobilité prudente à l’action risquée. Jupiter lui disait que la force n’est pas dans l’attente, mais dans le geste accompli au bon moment, avec la conscience de sa propre insuffisance et l’acceptation de ne pas tout contrôler.

Troisième échelon.

— MARS ! Il te communiquera l’ardeur impétueuse, l’élan du coeur qui ose entreprendre.

Mars. L’ardeur. L’élan. Ce feu rouge dans le sang qui fait qu’un homme se lève quand tout lui dit de rester assis, qu’il parle quand tout lui conseille le silence, qu’il va de l’avant quand la prudence recommanderait de reculer. Uriel sentit quelque chose se réchauffer dans sa poitrine en entendant ce mot, comme si une braise qu’il avait cru éteinte depuis longtemps depuis les années où la vie l’avait épuisé de ses défaites successives rougeoyait de nouveau sous les cendres.

Il n’était pas un homme sans ardeur. Il était un homme dont l’ardeur attendait d’être reconnue pour recommencer à brûler.

Quatrième échelon.

— SOLEIL ! Feu très bienfaisant, avec tes rayons tu verses dans le coeur de l’homme l’estime de soi-même, l’ambition, l’espérance et la conscience.

Le Soleil. Au centre de l’Échelle. Le quatrième échelon sur sept — exactement au milieu, comme si les architectes du rituel avaient voulu signifier que la lumière solaire est ce qui divise le chemin en deux moitiés égales, ce point de bascule entre la descente vers la matière et la remontée vers l’esprit.

L’estime de soi-même.

Uriel s’arrêta intérieurement sur ces mots. Non pas la vanité, non pas l’orgueil qui se nourrit du regard des autres, mais cette chose infiniment plus rare et plus difficile à construire : la conviction tranquille que l’on vaut quelque chose. Que l’on a quelque chose à offrir. Que la vie qu’on a traversée, avec ses zones d’ombre et ses lumières, n’a pas été vaine.

Il avait quarante-quatre ans. Et cette estime-là, il ne l’avait presque jamais vraiment habitée.

Le Soleil lui disait qu’il était temps.

Cinquième échelon.

— VÉNUS ! Tu régis les sentiments artistiques, tu donnes la joie de vivre et l’ardeur d’aimer. Mais tu communiques aussi le mouvement de désir et l’entraînement de la passion.

Vénus. La joie de vivre et l’ardeur d’aimer mais aussi le mouvement de désir et l’entraînement de la passion. L’enseignement de Vénus n’était pas celui de la légèreté sentimentale ou de la beauté superficielle. C’était quelque chose de plus ambigu, de plus honnête : la reconnaissance que l’amour est à la fois la plus haute élévation dont l’âme soit capable et la force qui peut la précipiter le plus bas. Vénus ne mentait pas sur la passion. Elle disait sa grandeur et son danger dans le même souffle.

Uriel pensa à toutes ses amours celles qui avaient illuminé et celles qui avaient brûlé. Il comprit que ni les unes ni les autres n’avaient été des erreurs. Elles avaient été des échelons. Même les plus douloureuses. Surtout les plus douloureuses.

Sixième échelon.

— MERCURE aux pieds ailés ! Génie de la sagesse, tu gouvernes les facultés perceptives et tu communiques à l’homme la conscience de soi, la faculté de voir, de percevoir et de raisonner.

Mercure. La conscience de soi, la faculté de voir. Non pas l’intelligence au sens étroit — Uriel en avait déjà abondamment, sans que cela lui ait toujours suffi. Mais cette forme plus fine de perception que les anciens désignaient par le mot nous, et que les modernes appellent parfois conscience et parfois intuition sans vraiment savoir ce qu’ils nomment. La faculté de se voir soi-même non pas de se regarder dans un miroir, mais de percevoir ses propres mouvements intérieurs avec la même objectivité tranquille que l’on perçoit ceux d’un fleuve ou d’un nuage.

Uriel avait passé sa vie à analyser le monde. Mercure lui disait qu’il était temps d’apprendre à se lire soi-même avec la même rigueur.

 

V. La Lune et le Dernier Échelon

Septième échelon. Le dernier dans la descente.

Le Commandeur lui indiqua de poser le pentagramme sur cet ultime degré de l’Échelle, et la voix du Second Sénéchal s’éleva une dernière fois, plus lente que les précédentes, comme si ces mots demandaient davantage d’espace autour d’eux pour être entendus vraiment :

— LUNE ! Vierge céleste du monde, grande initiatrice de l’âme dans les sublimes mystères de l’esprit, principe féminin, fécondateur de toute chose, c’est toi qui fais mouvoir les corps et qui communique la propriété d’engendrer.

La Lune. La dernière planète ancienne. Celle qui est la plus proche de la Terre, la plus proche de la matière, la plus proche de ce plan d’existence où les hommes naissent et meurent et cherchent à comprendre pourquoi.

La grande initiatrice.

Uriel laissa ce mot résonner en lui. L’initiatrice  non pas celle qui enseigne, mais celle qui ouvre. Qui prépare le terrain, qui féconde sans que l’on voie comment, qui travaille dans l’obscurité et dans le silence, comme la lune éclaire non pas de sa propre lumière mais de celle qu’elle reçoit et qu’elle consent à réfléchir.

Il pensa à toutes les femmes de sa vie. À sa mère, morte trop tôt, dont il avait gardé la discrétion comme un héritage. À ses amours. À ces présences féminines qui avaient traversé son existence en y laissant des traces qu’il n’avait pas toujours su reconnaître au moment où elles se dessinaient.

La Lune initiatrice.

Celle qui n’enseigne pas avec des mots mais avec des atmosphères. Celle dont l’influence est réelle et invisible, comme les marées que personne ne voit monter jusqu’à ce qu’elles soient là.

 

VI. L’Homme Triple

Le Très Puissant Grand Maître s’avança alors et parla aux récipiendaires d’une voix qui n’avait plus rien de la formalité rituelle des premiers échanges comme si, à ce point précis de la cérémonie, quelque chose avait été franchi qui autorisait davantage de vérité directe.

— Là où vous avez accédé, vous êtes à la place de l’homme, dans la liberté de la créature, siège de sa volonté, au centre de l’ambiance des possibilités de la forme, du changement, du désir et de la mort.

Uriel écouta.

— Parmi les trois mondes, l’homme est placé au plan médian. Par la connaissance de la Loi, il relie le fait visible au Principe invisible. La nature de l’homme participe de l’Absolu et du relatif. Elle est l’essence médiatrice entre l’Absolu et le relatif.

Le plan médian.

Ingénieur de formation, Uriel avait toujours pensé en termes de structures, de niveaux, d’architectures superposées. Et voilà que le rituel lui proposait une architecture de l’existence elle-même : trois mondes, et l’homme au milieu. Ni tout en haut dans l’absolu de l’esprit pur, ni tout en bas dans la seule matière brute. Entre les deux, reliant les deux, capable de percevoir les deux sans appartenir absolument à aucun.

Médiateur.

Pas au sens politique, pas au sens juridique. Au sens cosmique. L’homme comme pont entre ce qui est au-dessus et ce qui est en dessous, entre ce qui dure et ce qui passe, entre le Principe et sa manifestation.

— L’homme, triple dans son unité personnelle, est esprit, souffle de Dieu. Il est âme, principe de vie, âme de chair résidant dans le sang, insurgée contre l’Esprit, portant la malédiction de l’univers, fille du Serpent et sa proie éternelle. Il est corps, dont l’âme est la forme et dont la substance est NÉANT.

La voix s’arrêta sur ce dernier mot avec une délibération qui ne devait rien à la rhétorique.

NÉANT.

Uriel sentit quelque chose se contracter et s’ouvrir simultanément dans sa poitrine. Car ce mot, prononcé dans ce contexte, n’était pas un mot de nihilisme. Ce n’était pas la négation de l’existence, le vide absurde, le rien qui engendre le désespoir.

C’était autre chose.

Le corps dont la substance est NÉANT c’est le corps comme forme sans essence propre, comme enveloppe qui prend la forme de ce qu’elle contient, comme le sac qui n’est rien sans ce qu’on y met. La matière comme pure réceptivité. Le vase dont la valeur est précisément son creux, son absence, son consentement à être rempli.

Uriel pensa aux théories quantiques qu’il avait étudiées à l’école la matière qui n’est, au niveau subatomique, presque que vide. L’atome qui est à plus de quatre-vingt-dix-neuf pour cent espace vide. La solidité de la table, du mur, de sa propre main, qui n’est qu’une illusion produite par des forces qui se repoussent dans ce vide apparent.

La science lui avait dit la même chose. Autrement. Avec d’autres mots. Dans un autre langage.

Mais la même chose.

 

VII. Le Baudrier et le Pardon

— Ils sont prêts ! dit le Grand Maître. Frères Maréchal de l’Ordre et Commandeur, enlevez-leur leur zonar et ceignez-les du baudrier.

Les deux officiers s’approchèrent. Ils ôtèrent d’Uriel le zonar qu’il portait depuis le début de la cérémonie, cette corde symbolique qui entoure le corps comme un rappel de la condition humaine ordinaire, et le ceignirent à la place du baudrier la courroie du guerrier, celle qui porte l’épée, celle qui signifie que l’on est désormais armé pour quelque chose.

— Tous les héros, tous les chevaliers ont toujours combattu le Serpent pour le vaincre et le contraindre à servir, dit le Commandeur.

Et le Grand Maître, dans un murmure qui emplit pourtant toute la salle :

— NON NOBIS, DOMINE, NON NOBIS, SED NOMINI TUO DA GLORIAM.

Non pour nous. Jamais pour nous. Pour quelque chose qui dépasse infiniment la petite histoire d’un homme de quarante-quatre ans qui s’est agenouillé dans l’humus d’une forêt un soir de juin sans savoir ce qu’il cherchait.

Un silence profond tomba sur l’Aréopage.

Puis le Grand Maître éleva la voix de nouveau, et cette fois quelque chose dans son intonation ressemblait à ce que l’on entend très rarement dans une voix humaine — cette qualité particulière qui signifie que celui qui parle n’est plus seulement en train de transmettre un texte, mais d’habiter chaque mot comme on habite une maison qu’on aime.

— Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux. Tout ce que tu lieras sur la Terre sera lié aux Cieux, et tout ce que tu délieras sur la Terre sera délié aux Cieux.

Uriel porta la main à sa poche.

La clef du Palladium.

La clef que l’homme du métro lui avait remise des semaines plus tôt, dans un wagon de la ligne 1, sous la lumière blanche des néons souterrains, sans autre explication que son silence et son sourire.

Il la comprenait maintenant.

Ce n’était pas une clef qui ouvre une porte physique, quelque part dans le monde des formes visibles et mesurables. C’était une clef qui ouvre une posture — la posture de celui qui accepte que ses actes sur la Terre aient un retentissement dans des sphères qu’il ne voit pas, et que ses actes dans les sphères invisibles aient un retentissement dans le monde réel.

Lier et délier. En haut comme en bas. En bas comme en haut.

L’homme au plan médian, pont entre les deux mondes, responsable des deux côtés du pont.

— JE REQUIERS À DIEU PARDON !

La voix du Grand Maître s’éleva dans la salle comme une vague  et dans ce cri qui n’avait rien d’une supplique ordinaire, qui était au contraire la déclaration courageuse et lucide d’un homme qui sait l’étendue de ses manquements et qui les apporte sans se cacher, sans s’excuser, sans les nier non plus, Uriel reconnut quelque chose qui lui appartenait personnellement.

Tout ce qu’il n’avait pas fait quand il aurait dû.

Tout ce qu’il avait dit quand il aurait dû se taire, et tout ce qu’il avait tu quand il aurait dû parler.

Son père, à qui il n’avait jamais dit ce qu’il aurait fallu lui dire avant qu’il soit trop tard.

Son mariage, qu’il avait laissé se défaire par absence plutôt que par décision vraie.

Les années d’immobilité confortable qu’il avait choisies quand le Vouloir et l’Oser l’attendaient de l’autre côté de sa peur.

Il ne baissa pas la tête.

Il garda les yeux ouverts et laissa le pardon entrer, non comme une absolution magique qui efface le passé, mais comme cette reconnaissance lucide et sans complaisance que les actes manqués font aussi partie du chemin. Que le regret authentique n’est pas une pénitence c’est un échelon.

Le but d’aujourd’hui sera l’échelon de demain.

 

VIII. Le Cordon du Grade

Le Commandeur revêtit Uriel du cordon du grade.

Il le posa sur ses épaules avec ce geste précis et grave des officiers qui savent ce qu’ils transmettent non pas un signe extérieur d’appartenance, mais le poids visible d’une responsabilité désormais portée.

Uriel sentit le tissu sur ses épaules. Léger physiquement. Autre chose dans l’invisible.

Il pensa à l’Échelle qu’il venait de descendre  pas avec ses pieds, mais avec toute son histoire. Saturne et la patience héritée de son père. Jupiter et la force d’agir qu’il retrouvait. Mars et l’ardeur qu’il avait crue éteinte. Le Soleil et l’estime de soi-même qu’il apprenait enfin à habiter. Vénus et ses amours transformées en sagesse. Mercure et la conscience de soi qu’il cultivait depuis la première nuit. La Lune et tous les mystères que sa propre féminité intérieure portait en silence depuis le commencement.

Sept échelons. Sept blessures transformées. Sept dons reçus dans sept épreuves que la vie lui avait envoyées sans mode d’emploi, et qu’il avait traversées sans comprendre qu’elles construisaient une Échelle.

L’Échelle était lui.

Elle l’avait toujours été.

Il avait seulement fallu descendre jusqu’au fond pour comprendre que c’est de là que l’on monte.

L’Échelle Mystique ne monte pas vers le ciel. Elle descend en toi jusqu’au point où le ciel et la terre se touchent. Et ce point, depuis toujours, était là. Dans la substance qui est NÉANT. Et dans la flamme qui ne s’éteint pas.

Rosada Esprit Libre
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Alexandre Remo ROSADA

Écrivain et Journaliste.

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