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S’engager en Franc-maçonnerie au XXIᵉ siècle — À quoi bon ?

Nous vivons une époque étrange.

Jamais l’homme n’a disposé d’autant d’informations, et jamais il n’a semblé aussi désorienté.
Nous communiquons avec la planète entière, mais nous peinons parfois à parler à notre voisin. Nous avons des milliers d’amis numériques, des opinions sur tout, des certitudes à portée de clic… et de moins en moins de temps pour nous demander cette question pourtant essentielle :

Que faisons-nous de notre vie ?

Alors pourquoi, au XXIᵉ siècle, entrer en Franc-maçonnerie ?

Pourquoi pousser la porte d’un Temple quand le monde semble préférer les écrans ? Pourquoi choisir le silence dans une société qui récompense le bruit ? Pourquoi travailler sur soi lorsque chacun semble surtout vouloir corriger les autres ?

Peut-être précisément pour cela.

S’engager en Franc-maçonnerie n’est pas fuir le monde. C’est tenter d’y revenir autrement.

L’initiation commence d’ailleurs par une expérience presque scandaleuse pour notre époque : accepter de ne pas tout savoir. Le profane arrive avec ses métaux, ses titres, ses fonctions, ses réussites, ses blessures et surtout ses certitudes. Symboliquement, on lui demande de laisser une partie de ce bagage à la porte.

Non pour devenir quelqu’un d’autre.

Mais peut-être pour découvrir qui il est.

La pierre brute constitue alors une magnifique métaphore de l’homme contemporain. Elle possède déjà sa matière, sa force, ses aspérités. Il ne s’agit pas de la détruire mais de la travailler.

Et voilà sans doute l’un des grands paradoxes maçonniques : nous entrons en Loge en pensant construire un Temple, avant de comprendre que le premier chantier, c’est nous-mêmes.

Le maillet devient volonté.
Le ciseau, discernement.
L’équerre, rectitude.
Le compas, mesure.

Les outils de l’ancien bâtisseur passent de la main à l’esprit.

Mais l’engagement maçonnique ne peut se réduire à une collection de symboles joliment commentés entre deux agapes. Sinon le Temple devient un musée et l’initiation, un théâtre.

Un symbole qui ne transforme pas celui qui le contemple n’est plus un outil : il devient un décor.

Car travailler sur soi devrait conduire à travailler dans le monde.

Tolérance, fraternité, liberté de conscience, respect de la dignité humaine, recherche de la vérité : ces mots sont magnifiques. Ils deviennent pourtant suspects lorsqu’ils ne coûtent rien à celui qui les prononce.

La fraternité véritable commence peut-être lorsque je rencontre celui qui ne pense pas comme moi.

C’est là que le Temple peut encore avoir une fonction essentielle au XXIᵉ siècle : devenir un laboratoire du désaccord fraternel.

Dans une société qui classe, étiquette, condamne et parfois insulte en quelques secondes, la Loge propose une discipline presque révolutionnaire : écouter avant de répondre. Douter avant de condamner. Chercher ce qui rassemble sans nier ce qui distingue.

L’engagement initiatique possède enfin une dimension spirituelle.

Non pas nécessairement religieuse.

Spirituelle au sens le plus ancien : chercher ce qui élève l’homme au-dessus de ses seuls intérêts immédiats. Retrouver le silence. Interroger la mort. Le temps. La transmission. La conscience. Le sens.

Car nous savons construire des machines extraordinaires.

Mais aucune intelligence artificielle ne répondra à notre place à cette question :

Quel homme ai-je choisi de devenir ?

Voilà peut-être l’engagement maçonnique au XXIᵉ siècle.

Non pas se croire meilleur parce que l’on porte un tablier.

Mais tenter, pierre après pierre, de le devenir un peu.

Et comprendre finalement que la Lumière recherchée au fond du Temple n’a de valeur que si, une fois les portes ouvertes, nous en rapportons quelque chose dans la cité.

Alexandre Remo ROSADA

Écrivain et Journaliste.

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