RENÉ GUÉNON ou la révolte contre le monde privé de Centre.
Il existe des penseurs qui expliquent le monde. Et puis il existe ceux qui dérangent.
René Guénon appartient à cette seconde catégorie.
Mathématicien devenu métaphysicien, occidental devenu oriental, critique radical de la modernité, il traverse le XXe siècle comme une anomalie intellectuelle.
Un homme qui refuse les compromis et pose une question simple, presque brutale : L’homme moderne a-t-il perdu l’essentiel ?
Pour Guénon, le problème n’est pas économique. Ni politique.
Ni même technologique.
Le problème est spirituel.
Car selon lui, une civilisation peut accumuler des richesses, multiplier les savoirs, conquérir l’espace… et perdre son âme.
En clair Guénon pense que l’Occident moderne souffre d’une maladie profonde : la rupture avec la Tradition.
Attention.
Le mot tradition, chez lui, ne signifie ni folklore, ni nostalgie du passé.
La Tradition est autre chose.
Elle désigne cette connaissance première, universelle, métaphysique, qui relie l’homme à quelque chose qui le dépasse.
Autrefois, l’homme levait les yeux.
Aujourd’hui, il regarde ses écrans.
Autrefois, il cherchait un sens.
Aujourd’hui, il cherche un algorithme.
Nous avons remplacé les cathédrales par les statistiques.
Le silence par le bruit.
L’être par l’avoir.
Et Guénon pose alors un diagnostic implacable :
Le progrès matériel ne garantit aucun progrès intérieur !
Ainsi pour Guénon, la modernité repose sur quatre illusions majeures.
L’Individualisme :
L’homme contemporain croit qu’il peut tout comprendre seul.
Mais un individu isolé n’est pas forcément libre.
Il est parfois simplement séparé.
Le Matérialisme :
Nous ne croyons plus qu’en ce qui se mesure.
Mais tout ce qui compte n’est pas quantifiable.
L’amour ne se pèse pas.
La beauté ne se calcule pas.
Le sacré n’entre dans aucun tableur.
Le Règne de la Quantité :
Nous comptons tout.
Les vues.
Les likes.
Les performances.
Mais plus nous comptons, moins nous contemplons.
et l’Agitation Permanente :
Nous courons partout.
Et pourtant beaucoup ignorent où ils vont.
L’homme moderne bouge énormément.
Il voyage moins intérieurement.
Mais pour Guénon L’un des aspects les plus exigeants concerne l’Initiation
Pour lui, la connaissance véritable ne s’achète pas.
Elle ne se télécharge pas.
Elle ne se consomme pas.
Elle se transmet.
Cette idée choque notre époque où chacun veut être maître sans avoir été disciple.
Guénon affirme au contraire qu’il existe une différence entre : accumuler des informations et recevoir une transformation.
C’est pourquoi il s’intéresse aux voies initiatiques, aux traditions vivantes, aux transmissions régulières.
Car savoir n’est pas encore comprendre.
Et comprendre n’est pas encore devenir.
Alors pourquoi Guénon au 21e siècle dérange encore ?
D’abord Guénon est souvent accusé d’élitisme.
Peut-être.
Mais son véritable scandale est ailleurs.
Il ose dire que tout ne se vaut pas.
Que toutes les spiritualités ne sont pas équivalentes.
Que le marché du bien-être n’est pas forcément une voie de sagesse.
À l’époque des spiritualités instantanées, du développement personnel industrialisé et des gourous, des coachs , des influenceurs numériques, cette critique résonne avec force.
Guénon nous oblige à distinguer :
le profond du superficiel,
le symbole du marketing,
la quête du produit !
Alors aujourd’hui ? Faut-il toujours suivre Guénon ?
Probablement pas aveuglément.
Faut-il le lire ?
Certainement.
Car il agit moins comme un prophète que comme un miroir.
Il nous rappelle une vérité inconfortable :
une civilisation peut être technologiquement brillante et spirituellement épuisée.
Nous vivons à l’époque de l’hyper-connexion.
Mais jamais peut-être nous n’avons autant souffert de solitude.
Nous avons accès à toute l’information.
Mais nous manquons souvent d’orientation.
Guénon ne propose pas un retour en arrière.
Il propose une question.
Une question immense.
Que reste-t-il de l’homme lorsque le bruit du monde s’éteint ?
Ainsi avec cette question, René Guénon dérange parce qu’il touche au point sensible.
Le centre.
Cette part intérieure que la modernité périphérique oublie sans cesse.
Au fond, son message pourrait tenir en quelques mots :
Le problème n’est peut-être pas que l’homme moderne ait perdu Dieu.
Le problème est qu’il a parfois perdu le sens même de la verticalité. Et lorsqu’une civilisation ne regarde plus vers le haut…
Elle finit souvent par tourner en rond.
Rosada Esprit Libre
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