Mercure !

—Tout commence par l’épreuve de la Terre.
Un séjour dans une caverne, une grotte, l’anfractuosité d’une falaise ou d’une montagne. Une cavité terreuse, mais pas un tombeau, ni une régression utérine, non  au contraire c’est l’éveil de l’alchimiste devant son creuset.
Après l’initiation primordiale et charnelle, celle-ci est cosmique. Elle nous oblige à tout repenser, ou plutôt à repenser le tout. Un peu comme Ulysse, destiné à retrouver la lumière de son foyer ou comme Axel le héros de Jules Verne, entrainé dans un voyage au centre de la terre et qui après avoir cherché le centre et le feu central, tel un alchimiste, trouve le centre de lui-même, la pierre philosophale ou la nouvelle Jérusalem.
Nous voici plongés dans la nuit des temps, et la question essentielle est bien de savoir si le voyage a commencé. Si nous sommes sur une voie nouvelle.
—Drôle de voyage d’ailleurs, et pourtant  notre simple volonté nous fait oublier la  destination finale car  l’expérience qui s’annonce nous le savons intuitivement, nous enseignera toujours quelque chose.
—Attablé pour rédiger notre testament philosophique, en présence du Mercure du Souffre et du Sel, le futur apprenti ne reconnait pas encore ce ternaire. Sa recherche de l’unité n’a pas encore commencée. Pourtant c’est en lui que tout réside. Il méconnait, la présence des sentiments binaires et opposés, avec comme devoir, l’impérieuse nécessité de faire la synthèse.
Et d’ailleurs ces trois états alchimiques nous y invitent, car si souffre et mercure sont opposés il faut trouver en soi le sel de l’équilibre pour atteindre stabilité, continuité et sagesse.
Ainsi l’initié  devra tel un preux chevalier, livrer un seul combat, le sien. Un combat titanesque contre la lutte permanente de ses forces antagonistes, afin de trouver la paix et la lumière grâce à la conciliation de ses propres forces opposées. Son esprit ne sera pas de trop pour compléter et penser avec discernement sa stratégie.
Et le Mercure est un de ses alliés dans cette construction ternaire car il représente l’élément volatil et « spiritus ». On l’appelle parfois « eau ignée » ou feu liquide. Il est une des parties de la Lumière ; parfois dans l’hermétisme on le représente par l’élément féminin, dont la pureté rappelle la dame idéalisée de l’amour courtois, ou bien la grâce de l’immaculée conception. Ce Mercure interagit avec l’élément masculin, le souffre, principe actif et leur union en noces alchimiques, produisent le sel c’est-à-dire le monde corporel et personnel, en route vers la connaissance.
—Car l’Alchimie n’est pas la chimie et il faut le préciser, en alchimie, le Soufre, le Mercure et le Sel ne sont pas des états de la matière, mais des influences (positive, négative ou neutre). Ce sont donc des “principes” (appelés parfois “principes créateurs”) et ils agissent comme tels sur notre chemin initiatique.
—Pour l’heure, Ici Dans le cabinet de réflexion, dans notre athanor où se travaille sans le soupçonner au début, notre pierre brute, le Grand œuvre est en marche. Ici une autre réalité nous donne à penser que tout corps physique est incapable de survivre longtemps à la destruction de son enveloppe terrestre, mais ici également on perçoit, comme dans le christianisme, que le corps de le renaissance alchimique est un corps glorifié de bienheureux. Le cycle nous invite donc à mourir à nous-mêmes car cela est indispensable pour être régénéré en un être nouveau.
—Nous parlons ici de sublimation alchimique ; la chair disparue, devenue poussière dans le tombeau nous rappelle le monde transitoire de la vie qui passe. Mais rappelons-nous que Si le corps disparait l’esprit subsiste.
Et cette évocation du principe Mercuriel nous conduit à réfléchir sur cette transformation.
Tel des francs-maçons accomplit nous avançons, de spéculations, en reflets, et réflexions, mais toujours en lien avec la transmutation des métaux, c’est-à-dire en passant du vil au subtil dans notre quête de vitriol. Nous sommes bien à ce stade, en recherche de notre propre révélation, ce qui nous mène symboliquement à une longue vie par la renaissance permanente de notre condition terrestre pour la sublimer au travers de notre spiritualité.

—Mais avant de gravir les marches de l’échelle de Jacob ou bien celles de notre propre tour de Babel, nous voici disais-je tapis dans la caverne ou commence la décantation, car c’est dans ce creuset naturel que nous nous transformons lentement jusqu’à notre propre transmutation en or symbolique.
Le chemin est long. Mais l’aspirant franc-maçon, à ce stade d’introspection est un mineur qui s’ignore. Tel cet ouvrier dans le massif de nickel de la chaine du caillou, il creuse, extrait, travaille, burine, lui aussi les pierres brutes pour en dissoudre les aspérités, par le feu de la lumière et de la connaissance, avec comme objectif d’en faire jaillir l’or jaune ou vert, précieux métal aurifère qui n’est finalement que son propre trésor.
Sans le savoir une grande partie de notre franc maçonnerie réside dans ce passage en terre profonde. Notre démarche de maçon n’est rien d’autre que de réunir ce qui est épars, en unissant les contraires.
Ici et maintenant le chaos est installé afin de repenser l’ordre, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nous.
Nous sommes ignorants, mais, même faiblement éclairé, nous voici dans une recherche de perfection humaine. En visitant l’intérieur de la terre le vieil homme meurt, et du profane va renaitre un autre homme pour une autre vie.
Alors la putréfaction opère la séparation des principes philosophiques. Des ténèbres à la lumière, l’homme ignorant gisant devient l’homme instruit en élévation spirituelle mais jamais achevé.
—Mais alors que s’est-il passé dans ce corps, cet âme et cet esprit, partagées avec le fini de notre destinée et l’infini du monde ?
Il est certes difficile d’en pénétrer la profondeur, alors, je pense, que nous pouvons toujours essayer de le vivre dans sa profondeur.

C’est là tout le départ du travail alchimique, d’une matière première réduite en composants épars, puis assemblés, ils deviennent l’Un, car cette unité retrouvée nous parle bien de création ou mieux encore de re-création, ce processus initiatique qui va nous transformer.
—Ce premier degré du rite est donc celui de la préparation à la réalisation de l’œuvre.
Par le mercure, le souffre, le sel et le chant du coq présent dans le cabinet de réflexion. Par le testament philosophique annonçant notre mort prochaine. Par la cérémonie d’initiation, la symbolique, le décor, les gestes et le langage, nous entrons dans un autre monde, en révélation de nous- mêmes.
Depuis l’antiquité à nos jours, Comme dans l’atelier du forgeron  du potier, du tisserand ou de l’orfèvre, là où la tradition des origines nous féconde, le sacré interroge l’humain et l’humain dans un cycle sans fin, tel le serpent Ouroboros, s’inscrit en cercle, de la renaissance de l’ancêtre dans le nouveau-né, car l’esprit est immortel.
—L’unité du monde, ce Un en Tout, que nous recherchons de mercure en souffre et en sel, nous ne cesserons de partir à sa conquête en nous rapprochant symboliquement du siège de l’esprit. D’échelles, en obélisques les connexions entre ciel et terre, me rappellent que tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
Nous gravitons autour de l’axe du fil à plomb et nous marchons inlassablement afin que le céleste devienne terrestre, et que la terre s’élève vers le ciel.
A ce stade nous sommes dans notre engendrement, dans l’idée de construire notre Génération, tout en nous inscrivant dans la Tradition.

Alexandre Rosada
Mai 2022

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