Demain, notre avenir…

« Espère, enfant ! Espère, demain ! Et puis demain encore !
Et puis toujours demain ! Croyons dans l’avenir. »
Victor Hugo  « Les chants du Crépuscule »

 

Dans notre Histoire édifiée à coups d’empires, les deux Napoléoniens et l’empire Colonial, ce qui fait la grandeur d’une nation ce sont les peuples qui la compose et qui croient dans l’avenir de leur destin. Ne jamais supposer la défaite, mais avoir une mémoire commune, une mémoire au cœur de chaque homme et femme, tissant ensemble le cœur d’une République, libre, égale et fraternelle.
En disant cela, je ne parle pas d’uniformité, car les langues, les savoirs, les cultures nous disent les particularités de ce pays Calédonien et Kanak au sein de la République, en lien avec notre chère vieille Europe. Je parle, par conviction, de spécificités et d’équilibre qui demain permettent de construire, de faire et d’avancer.

Nous cherchons tous à améliorer l’homme et la société, et nous cherchons tous une place centrale dans une vision d’avenir pour l’ensemble du peuple qui compose cette société, mais il faut agir à hauteur de que  nous sommes en droit d’attendre, afin que l’ambition de l’histoire soit également satisfaite.
Et demain il faudra surmonter nos difficultés du présent et renouer des liens au sein même de notre communauté. S’il faut écrire une nouvelle page, elle ne doit pas diviser sur la question de l’identité.
D’un côté, ceux qui aiment une condition humaine, reliée et soudée à part entière, au reste du monde, et, de l’autre, ceux qui exigent une condition humaine, isolée et repliée sur elle-même, entièrement à part.
Car de quoi est fait notre pays actuel, si ce n’est de rencontres, de paroles d’accueil, de partages coutumiers, de dons et de contre-dons, de développement vivriers et industriels, de mémoire et d’histoire. Nous vivons ensemble déjà, un pays multiple qui additionnent les talents humains et multiplie les soifs de connaissances.

Mais si désirer son identité, sa spécificité reste un noble dessein, faut-il vouloir une identité, qui par dérive identitaire, s’éloigne du modèle républicain fondamental, ou bien  faut-il construire, ici, collectivement, de manière apaisée et responsable un pays relié et connecté avec là-bas, la métropole républicaine et le reste du monde ?
Car le monde est désormais en pleine mutation. Le contrat social entre le peuple et ses dirigeants, est revisité, il broie régulièrement les traditions au détriment de la modernité. Demain doit donc être ambition d’ouverture, et non de fermeture,  au sein de la République. L’identité de demain, est celle d’être calédoniens-français parce que français-calédoniens. Une identité forte, solide et indissociable, loin des aventures sans lendemains.

Espérer Ensemble !

Alors quelles nouvelles valeurs allons-nous-y projeter ?
Renier nos spécificités serait une grave erreur, à commencer par la langue, je dirais même nos langues. La langue française, est présente au cœur des Calédoniens européens, asiatiques et Kanak, mais les langues Kanak, européennes et asiatiques sont également présentes au cœur des Français, comme le sont les langues de Corse, de Bretagne, d’Occitan ou du Grand Est.
Nos langues sont nos mémoires du passé, elles restent vivantes au présent, dans la vie quotidienne et dans l’enseignement. C’est pour cela que jamais les langues ne doivent fermer le marché de l’emploi dans le grand-petit pays qu’est la Nouvelle Calédonie.
Au contraire le multilinguisme, dans un esprit d’enrichissement de notre République, et dans le cadre d’une francophonie fière d’elle-même, est un cap d’avenir sur lequel nous devons tous nous concentrer et œuvrer pour demain.

Parler et écrire le Français,  de Paris à Nouméa, de St Denis de la Réunion à Mamoudzou, de St Pierre et Miquelon à Fort de France, de Londres à Montréal mais également de Hanoï à Alexandrie, sans oublier Moscou, Berlin ou Rio…le monde vibre de notre langue française., depuis des siècles.  Elle résonne par sa poésie, ses chansons, le théâtre, le cinéma, la littérature mais aussi par le sport, l’art culinaire, le débat philosophique et l’éloquence.
Notre langue est ce ciment d’alliance entre nos diversités et nos différences. La puissance de la francophonie c’est cette langue de France qui dit le monde, et le décrit dans ses moindres facettes, raconte toutes les histoires et les récits entre individus que séparent les océans, les déserts, les traditions. C’est une « langue monde » qui rend universel ceux qui la parlent, comme une forme d’universalité interne, dans l’Universalité entière.
Et notre pays Français-Calédonien-Kanak a besoin de cet ancrage linguistique, afin de dépasser les périphéries, pour aller vers le centre de toutes les nations et de tous les peuples, où notre verbe a germé et produit ses plus beaux fruits.
La Francophonie c’est ce continent humain, qui a su partager ses lois, sa grammaire, ses codes, son vocabulaire.
Un continent de centaines de millions de gens, qui vivent, et pensent en français dans un « tout monde » cher à Edouard Glissant avec ce rapport au monde basé sur le plurilinguisme en ne laissant jamais de côté toutes les langues métissées.
Car si la langue des colons dominants a pu un temps, apporter soumission sociale, les dominés ont trouvés dans la langue refaçonnée, et remodelée, une expérience. Désormais les anciens colonisés ont pu donner à notre langue française ce retour d’expérience, et de souffrance qui enrichit et change notre propre regard, dans un chemin de pardon et de réconciliation que l’on n’aurait jamais pu imaginer.
Les mémoires au fil du temps se sont ainsi métissées, nos blessures ont été partagées, et nous sommes ensemble pour continuer à guérir nos tragédies en allant vers un éternel pardon, sans jamais envisager l’oubli.
Les persécutés, les exilés déplacés, le savent, la langue française est élan de liberté, de combats et d’émancipation. Pourtant on a emprisonné, torturé et tué en français comme on a créé des merveilles, et, hélas, il existe encore des tyrans qui tuent en français, c’est un fait.
Demain nous français-calédoniens-kanak, métropolitain d’origine, asiatiques pionniers et les autres, installés en Calédonie,  nous devons continuer à parler cette langue archipel qui perdure sur notre sol depuis Charlemagne à François 1er sans oublier l’abbé Grégoire et de nos jours l’Académie Française.

Langue de la colonisation, puis de la décolonisation, le français doit être celui qui hier, maintenant et demain créera l’avenir. Une création en français qui  regarde le monde dans un ensemble plus étendu plus éclaté plus bruyant comme le dit Alain Mabanckou.

Cette lutte est devant nous, ici en Calédonie, en Europe et dans le monde.
Déjà, les langues dites dominantes, qui veulent uniformiser le monde du travail et l’internet ont reculées.
Demain la Francophonie sera plus encore le lieu d’asile de tous les créoles, d’ Haïti à Maurice, des langues Mélanésiennes ou Polynésiennes de l’Océanie, mais aussi des langues africaines comme le wolof, le mandingue ou le swahili.

Au XXIème siècle notre temps présent, demain est un autre jour.
Notre trésor commun partagé se nomme Flaubert, Maupassant, Châteaubriant, Hugo, Colette, Giono, Mariotti, Baudoux, Camoui, Ohlen, Jacques,Vanmaï,  et bien d’autres qui  me pardonneront de ne pas les citer tous.
Alors, pourquoi vouloir brader ce patrimoine de notre France qui nous crée, nous constitue, et nous reçoit pour ce que nous sommes, sans hégémonie sur autrui, mais en combat et en
« in tranquillité » dans un multilinguisme enrichi et augmenté par le Français ?
Notre feuille de route est tracée, à chacun de s’en saisir pour accomplir sa destinée.

Alexandre Rosada
@ octobre 2020
Article paru dans la revue Sillages d’Océanie 2020

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