Pour une Société Plurielle

Selon Emmanuel Lévinas « Rencontrer un homme, c’est être tenu en éveil par une énigme ». Par homme j’entends l’humain tout entier. Masculin et Féminin. Comme le philosophe de l’altérité, je suis porté par l’éthique et en responsabilité envers autrui.

Ici, dans cette île, des voix ricochent à la surface de nos consciences. Semblables à des galets effleurant la surface de l’eau avant de piquer vers l’abîme. Des ondes se forment. Oscillent en cercles concentriques. Élargissent l’horizon de nos pensées. Fixent des limites à nos entendements, pour nous inviter à nous dépasser. Ensemble.

Dans ce texte les personnages se nomment Le Kanak et Le Caldoche. Ils se connaissent bien. Depuis longtemps. S’aiment souvent, se haïssent, parfois. Ils ne peuvent jamais se quitter. D’autres acteurs essentiels occupent le paysage. Ils sont complémentaires des deux premiers. Nous les nommons : les autres ethnies. Ils se reconnaîtront. Dans l’histoire de ce grand-petit pays, le Kanak un jour de 1975 a crié haut et fort : identité et indépendance ! Huit années plus tard assis à la table des palabres de Nainville-Les-Roches tous ont convergé. Pourtant, il n’a pas fallu un an pour que les rivalités ensanglantent la bande de terre. Point culminant de l’incompréhension et de la barbarie. Une grotte nommée Gossanah. Paradoxalement est né de ce chaos un nouvel ordre. Une autre temporalité. Celle du temps des Accords. Le Caldoche, Le Kanak et les autres ethnies ont cherché ensemble la lumière de la paix. Scellée avec l’Etat dans des accords, à Matignon-Oudinot et Nouméa. Ainsi depuis 30 ans tous vivent ensemble dans la magie de cette société plurielle. Où l’individu n’est jamais seul. A l’extérieur de lui comme à l’intérieur de sa profondeur. L’enchantement permanent est renouvelé dans la diversité. Découvrir ce qui est enfoui dans, et chez l’autre. Comme à la recherche de sa propre pierre précieuse dissimulée dans le cœur de celui qui nous fait face. Ici la société multi-humaine de ce caillou, nous invite à nous intéresser aux causes premières et non secondes. Celles de la frivolité, de la superficialité notamment. Ici l’ensemble humain tout entier nous permet, pour qui le souhaites, de cerner l’essentiel. Un chemin s’ouvre alors pour chercher l’éternel contre l’éphémère. Le durable contre le circonstanciel. L’histoire de cette terre nous éclaire pour comprendre sa richesse. Des chocs de civilisations, ont fait naitre ombres et lumières. Une complémentarité s’est formée après un chaos devenu ordre. Inspiration. Expiration. Des pertinences collectives se sont crées. Ce qui était en gestation et en fragments en chaque être, a pu trouver en l’autre, des éléments de sa propre voie progressive. La société plurielle, issue de la tradition s’est inscrite graduellement dans la modernité. Les racines profondes du passé, du Caldoche, du Kanak et des autres ethnies, sont désormais continuellement en pertinence avec le temps présent et à venir. Certes les mots de la société de la pluralité ont changés, mais les actions perdurent entre les humains de cette petite bande de terre. La recherche spirituelle et laïque en atteste. Hier relié par la religion destinée à rapprocher les groupes humains. Aujourd’hui ils sont connectés. En réseaux. En recherche dynamique pour faire communauté humaine. Des groupes d’hommes et de femmes branchés en réseaux émotionnels, se nourrissent de ces alliances humaines. Ils tournent le dos à l’individualisme. Ils réinventent le sens de la vie ensemble. Ils choisissent le « nous » pluriel au « je » singulier, pour écrire une nouvelle page d’humanité et de consensus. Ainsi, dans cette histoire contemporaine, l’entièreté caractérise la société plurielle de notre pays calédonien. Avancer ensemble dans une vision réaliste et raisonnée de l’avenir est un objectif possible. La démarche collective destiné à dépasser les enfermements individuels souhaite semble-t-il trouver une union en communion. Il s’agirait de fuir l’imposition du savoir ruisselant du haut de la pyramide des puissants « connaissant », pour préférer un partage du savoir symbolisé par la communauté de dialogue née des accords de la modernité. La société plurielle est donc une chance pour ce siècle qui commence. Elle permet de tisser des rapports humains sur un plan d’horizontalité et de transversalité. Non plus sur celui de la verticalité surplombante paralysant les intentions et les rôles de chacun. A cela s’ajoutent également une cohabitation harmonieuse de la raison et de la foi. Une société où les pensées équilibrées s’intègrent sans se soustraire, mais en s’additionnant. Sans dogme. En totale liberté de conscience. En respect de la parole de l’autre. De nouvelles solidarités se créent insensiblement entre le Kanak, le Caldoche et les autres ethnies. Des tribus, aux jungles urbaines des capitales modernes, les volontés de cohésion font émerger les nouvelles générosités. Pour rendre la vie meilleure. Plus vivable. Moins injuste. Les groupes humains se confortent. Partagent leurs affinités, fabriquent de nouvelles fraternités. Les effervescences sociales transcendent les clivages douloureux de l’histoire. Rassemblent les humains dans leur diversité sur de nouveaux enjeux possibles. La fin d’un monde annihile l’idée de la fin du monde. Au contraire. Si la société plurielle prend sa source dans la République une et indivisible. Elle la transforme. Elle nous permet de traverser le miroir. D’envisager un autre coté du faisable. Comme si l’idée de la mosaïque de la pluralité rendait cette société évidente, dans sa diversité. Le contrat social renouvelé peut libérer les affects émotionnels sans dénier la raison. Les personnes que sont le Kanak, le Caldoche et les autres ethnies progressent. Ils trouvent, expression, épanouissement dans cette société plurielle. Une recréation du réalisable est à l’œuvre en passant de l’individu indivisible à la personne plurielle et pluraliste dans une société républicaine laïque, recomposée. Inventive d’un nouveau vivre en commun. Sans solitudes ni isolements. Sans nier les tragédies du quotidien. Ni sombrer dans la psychose de la fragmentation sociale. Mais en se réajustant en permanence. Dans une accommodation du quotidien.

Hier relié par la religion destinée à rapprocher les groupes humains. Aujourd’hui ils sont connectés. En réseaux. En recherche dynamique pour faire communauté humaine. Des groupes d’hommes et de femmes branchés en liens émotionnels, se nourrissent de ces alliances humaines. Ils tournent le dos à l’individualisme. Ils réinventent le sens de la vie ensemble. Ils préfèrent le « nous » pluriel au « je » singulier, pour écrire une nouvelle page d’humanité et de consensus.

Ainsi, dans cette histoire contemporaine, l’entièreté caractérise la société plurielle de notre pays calédonien. Avancer ensemble dans une vision réaliste et raisonnée de l’avenir est un objectif possible. La démarche collective destiné à dépasser les enfermements individuels souhaite semble-t-il trouver une union en communion. Il s’agirait de fuir l’imposition du savoir ruisselant du haut de la pyramide des puissants « connaissant », pour préférer un partage du savoir symbolisé par la communauté de dialogue née des accords de la modernité. La société plurielle est donc une chance pour ce siècle qui commence. Elle permet de tisser des rapports humains sur un plan d’horizontalité et de transversalité. Non plus sur celui de la verticalité surplombante paralysant les intentions et les rôles de chacun. A cela s’ajoutent également une cohabitation harmonieuse de la raison et de la foi. Une société où les pensées équilibrées s’intègrent sans se soustraire, mais en s’additionnant. Sans dogme. En totale liberté de conscience. En respect de la parole de l’autre. De nouvelles solidarités se créent insensiblement entre le Kanak, le Caldoche et les autres ethnies. Des tribus, aux jungles urbaines des capitales modernes, les volontés de cohésion font émerger les nouvelles générosités. Pour rendre la vie meilleure. Plus vivable. Moins injuste. Les groupes humains se confortent. Partagent leurs affinités, fabriquent de nouvelles fraternités. Les effervescences sociales transcendent les clivages douloureux de l’histoire. Rassemblent les humains dans leur diversité sur de nouveaux enjeux possibles. La fin d’un monde annihile l’idée de la fin du monde. Au contraire. Si la société plurielle prend sa source dans la République une et indivisible. Elle la transforme. Elle nous permet de traverser le miroir. D’envisager un autre coté du faisable. Comme si l’idée de la mosaïque de la pluralité rendait cette société évidente, dans sa diversité. Le contrat social renouvelé peut libérer les affects émotionnels sans dénier la raison. Les personnes que sont le Kanak, le Caldoche et les autres ethnies progressent. Ils trouvent, expression, épanouissement dans cette société plurielle. Une re-création du réalisable est à l’œuvre en passant de l’individu indivisible à la personne plurielle et pluraliste dans une société républicaine laïque, recomposée. Inventive d’un nouveau vivre en commun. Sans solitudes ni isolements. Sans nier les tragédies du quotidien. Ni sombrer dans la psychose de la fragmentation sociale. Mais en se réajustant en permanence. Dans une accommodation du quotidien.      

Héritage culturel pour les uns, tradition vivante pour les autres. Mythes, langues, us et coutumes. Le Kanak, Le Caldoche et les autres ethnies ont tous en partage leur vision de la société. Dans le respect. De solstices d’hiver ou d’été, en calendrier de l’igname, de fêtes chrétiennes, en événements agropastoraux, le temps humain rythme la vie du Kanak, du Caldoche et des autres ethnies. De mois de la citoyenneté le 24 septembre, en lieux cultuels et d’interculturalité. Sans oublier les cours de récréations, le monde associatif, et les lieux de réflexions philosophiques. L’esprit de concorde est recherché. La diversité humaine est le dénominateur commun. Comme un trésor partagé.  Les valeurs n’échappent pas à cette volonté de socle commun de cohésion. Valeurs de République, valeurs de la société Océanienne. D’un coté un triptyque de liberté, d’égalité de fraternité. De l’autre une triade de partage, de respect et de solidarité. Misent ensemble ces valeurs tissent un nouveau contrat social. En résistance à la mondialisation formatée. En reformulation des sociétés symboliques et cérémonielles. Une reconnaissance à venir des cultures fortes et différentes dans un sentiment d’appartenance commun. Une nouvelle identité plurielle est attendue.    

« Le sage est celui qui se souvient de l’avenir »

Alexandre Rosada. © 2018

Article paru dans l’ouvrage collectif “Sillages d’Océanie. Empreintes 2018”. Association des écrivains de la Nouvelle-Calédonie.

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