Le Socle Commun des Valeurs Républicaines et Océaniennes

Le Socle Commun des Valeurs de la République et de L’Océanie.

Comment dans un pays de tensions politiques et ethniques, la population cherche l’altérité et le destin commun en mettant en œuvre les valeurs Républicaines et Océaniennes ? Leur objectif est-il de réaliser un avenir ensemble grâce à un socle commun de valeurs républicaines, océaniennes et chrétiennes ? Un socle humain qui serait composé de parcours, de sensibilités, et d’aspirations qui réuniraient les divergences ?
Cet article esquisse quelques pistes de réflexions.

HIER. Rencontres.

Voilà plus d’un siècle et demi, que le Second Empire a rencontré la Nouvelle-Calédonie. Avec à sa tête Louis Napoléon Bonaparte, ce régime succède à la Deuxième République et précède la Troisième. C’est un empire autoritaire amené par le coup d’État de 1851, et jusqu’en 1860 il a comme doctrine centrale, celle de coloniser et posséder toujours plus de territoire dans le monde. Sur la carte, déjà à son arrivée au pouvoir, l’empire colonial de Napoléon III est composé des départements d’outremers actuels, de comptoirs en Inde, de quelques îles en Polynésie, et de Saint Pierre et Miquelon, mais il ne possède pas encore la Nouvelle-Calédonie. Toutes ces colonies sont pour le régime en place des « fardeaux », mais l’idéologie de l’époque est d’orientation Saint Simonienne, c’est à dire fraternelle, motivée par l’intérêt général, la liberté, l’égalité et la paix. L’Empire veut rompre avec l’absolutisme de l’ancien régime, ses intolérances, ses égoïsmes. La doctrine politique admet que chaque classe sociale possède une utilité. Le dogme religieux a comme fondement spirituel celui « d’aimer son prochain comme son propre frère » Cette orientation éthique va donc débrider l’expansionnisme colonial de 1852 à 1862 et cette politique va, pendant 10 ans, renforcer la présence française dans le Monde.

En Afrique noire, en Algérie, puis dans l’Océan Indien avec Madagascar, les Comores et Maurice. Dans le Pacifique avec la Nouvelle-Calédonie sans oublier l’Extrême-Orient avec la Chine puis l’Indochine. Bien évidemment cette odyssée coloniale de milieu du XIXe siècle, transporte avec elle, dans les soutes de ses bateaux, et dans ses valises de missionnaires et de militaires, les valeurs de la République : Liberté Égalité Fraternité. Des valeurs en usage on le sait, depuis 1793, au lendemain de la Révolution et qui sont devenues devises officielles de la République Française à ce jour.

Dans les pays colonisés, ce triptyque va donc naturellement entrer en contact avec les modes de vie, la culture, les intérêts communautaires des clans des populations locales, et notamment celles implantées en Océanie comme les kanak de Nouvelle-Calédonie.
De ces chocs de civilisations, vont naître ombres et lumières. Ombres des incompréhensions, sur fond de spoliations, de ruptures d’un polythéisme ancestral à un monothéisme chrétien, de colonisation pénale, de cantonnement, de régime d’indigénat, de revendications politiques et de drames sanglants.
Mais aussi des Lumières vont jaillir de ces rencontres.
Lumières enrichissantes d’hommes et d’idées, comme le fut, la modernisation du pays, l’éducation, la santé, le système économique, puis le temps des accords politiques : ceux de Mainville-les-Roches, ceux de Matignon, de Nouméa.

Et voilà, qu’aujourd’hui en ce début de 21ème siècle,   les calédoniens ont dû choisir, en 2018, lors d’un premier référendum prévu par l’Accord de Nouméa, l’avenir institutionnel à construire, et ce,  dans une volonté de communauté de destin et de désir de vivre ensemble, pour la grande majorité des populations.
Pour l’instant ils ont choisi de rester attaché à la France. Deux autres consultations se dérouleront en 2020 et une dernière en 2022 refermant avec ses résultats la séquence de l’Accord de Nouméa.
Un résultat final qui ne sera pas choisi uniquement par les seuls originaires Kanak et Colons fondateurs de cette terre. Il faut le rappeler, au fil du temps, ce caillou du Pacifique n’est plus seulement peuplé de populations kanak noires et européennes blanches. Même si ces deux groupes ont à l’origine bâti le pays et l’ont incarné à des temps différents.
D’autres communautés humaines, par vagues successives,  ont petit à petit peuplé le « caillou » pour le construire. Ils ont apporté leur culture et leur pierre à l’édifice.
Asiatiques, Océaniens, Polynésiens, Anglo-saxons, Métropolitains, la mosaïque humaine de Nouvelle-Calédonie s’est considérablement  agrandie et métissée.

AUJOURD’HUI. Altérité

Ainsi, la Nouvelle-Calédonie du XXIe siècle est-elle devenue plurielle. Elle s’est enrichie de ses différences, selon l’expression d’Antoine de Saint -Exupéry. Chacun possède son héritage culturel et sa tradition vivante à travers ses mythes, sa langue, ses us et coutumes. Chaque groupe humain et social possède sa vision de la société, son organisation spatiale, et ses rythmes inspirés par son panthéon de croyances spirituelles, religieuses ou philosophiques. De solstices en calendrier de l’igname, de fêtes chrétiennes en événements agro-pastoraux, le temps calédonien est toujours propice à la rencontre de l’autre, à la découverte et au partage. Et c’est justement ce qui est autre, et que l’on nomme l’altérité, qui nous rend plus fort au quotidien dans nos rapports humains.  En Calédonie cette altérité est un ciment fort du contrat social. Elle témoigne au quotidien de sa recherche à comprendre et connaitre la particularité de chacun, individuellement ou dans son groupe. Observant cet autre qui vit avec nous, et parfois juste à côté de nous, renforce le respect que nous avons pour lui, tout en consolidant le nôtre. Et cela vaut dans les deux sens, car l’altérité est partage réciproque et s’impose comme un lien entre humains. Ici dans ce pays notamment kanak et dans cette région pacifique notamment polynésienne, l’accueil fait partie intégrante de la civilisation. L’autre est invité à participer, à partager et à restituer à son tour cet accueil et ce partage. Et ce tissage des liens, et d’empathie envers autrui, il se poursuit et s’exprime jusque dans nos valeurs morales réciproques. Elles sont aussi bien religieuses, que spirituelles, philosophiques ou humanistes. D’un coté les valeurs de la République, et de l’autre celles de la société Océanienne. D’un côté Liberté, Egalité, Fraternité un triptyque véhiculé par les progressistes mais aussi une devise reprise dans les constitutions de nombreuses démocraties laïques du monde. De l’autre la triade des valeurs du monde océanien, que sont le Partage, le Respect et la Solidarité, et qui résistent à la mondialisation dé-structurante et sans âme, en reformulant les identités et en renforçant les liens d’échanges entre les peuples d’Océanie par le biais d’objets non-économiques à fortes valeurs symboliques et cérémonielles.

Alors comment faire évoluer sans les dévaluer, ces liens entre République et Valeurs Océaniennes ? Et ce, alors que l’avenir institutionnel de la Nouvelle Calédonie est en question, comment concilier deux choix de société et deux organisation sociétales positives ? Comment faire se rencontrer, et se lier des populations avec des aspirations différentes, en évitant les déchirements des communautés humaines et les dérives anti-démocratiques. Par quoi faut-il passer pour co-construire un pays dans une idée de convergence humaine et politique ? Comment garantir nos droits fondamentaux mutuels, tout en portant attention à l’autre, dans l’espace sacré ou profane ? Comment construire ensemble ce socle commun de valeurs que nous portons les uns et les autres et qui permettra de bâtir un sentiment d’appartenance, tous ensemble sans oublier, ni les uns et ni les autres ?

DEMAIN. Le socle commun des valeurs républicaines et océaniennes.           

Toute ces questions soulèvent la grande question de la capacité de la mutation d’un peuple et de son pays à travers le temps, dans une idée d’amélioration de l’ensemble de la condition humaine tant sur les plans spirituels que politiques. Cette logique démocratique, semble être en phase avec les exigences océaniennes par une approche éthique et commune de l’autre. Elle nous amène à vouloir privilégier le dialogue, et le respect dans nos cultures respectives : Respect de l’individu et du clan. Recherche d’humilité et de sa place dans l’environnement. Contrôle de l’égo. Solidarité par la coutume océanienne et rayonnement caritatif à travers d’associations ou de commissions d’entraides fraternelles. Réciprocité dans la parole donnée véritable valeur sacrée dans le système coutumier océanien, tout comme l’engagement sur l’honneur et le serment fondent la solidité des contrats sociaux dans le monde occidental. Cette volonté de co-construction d’un monde meilleur et équitable est aussi fondé sur le consensus, la parole, le palabre validé par l’ainé, l’ancien ou comme dans le monde occidental le consentement mutuel des parties.
Et que serait une société sans pardon ? Autre valeur commune partagée, destinée à dépasser les conflits, avec cette volonté de renouer les fils rompus par la haine, l’ignorance ou le fanatisme ? Dans le monde océanien existent de telles coutumes de pardon, qui sont autant d’actes réciproques des parties jadis en conflits et qui décident volontairement de tourner la page. Tout comme dans la tradition occidentale, lorsque le pardon demande une réconciliation délicate mais sincère entre victime et bourreau.
D’autres valeurs structurent le vivre ensemble des hommes et des femmes de bonne volonté qui composent la mosaïque calédonienne.
Celle du travail d’abord, dans le but d’apporter chacun sa pierre à la construction de la société tant pour ses besoins individuels, qu’autour de la famille, son groupe ou son clan. Trouver une gloire dans le travail permet de trouver son équilibre dans la société, et une sécurisation pour l’avenir. Ainsi avec dignité, en lien avec sa tribu ou son groupe social, ce socle commun de valeurs tant kanak qu’occidentales s’exprime avec une force décuplée dans les valeurs de Liberté d’Égalité et de Fraternité.
Fraternité kanak avec son aire linguistique, ses liens du sang ou ses alliances, fraternité occidentale dans la citoyenneté pour la cohésion du groupe social avec ses règles et ses règlements et faisant partie d’un pays commun. Ce qui nous conduit aussi aux valeurs de liberté et d’égalité.
Égalité pour tous devant la loi et la justice, de droit commun et/ou particulier,  tant pour les Océaniens et les Calédoniens, de toutes cultures, et ce,  face aux épreuves.
Enfin Liberté comme droit fondamental. Liberté de pensée et de conscience religieuse et citoyenne dans le respect de toutes les formes de réflexions philosophiques morales ou spirituelles.

L’ensemble des valeurs de ce socle commun est donc facteur de forte cohésion sociale et d’harmonie pour qui veut y souscrire. L’émergence de l’Autre et sa reconnaissance, dans la rencontre née d’hier et qui se prolonge par un vivre ensemble au XXIe siècle, est une attache irréversible, dans le sac aux propositions de l’avenir qui s’ouvre à tous.
La reconnaissance réciproque des cultures en un seul peuple, offre des perspectives positives. La complémentarité recherchée fait partie de ce socle commun de nouvelles légitimités et semble dépasser le débat ancien sur les colonisations et leurs clichés réducteurs.
Sans nier le passé, et les complexités de l’histoire avec ses humiliations et ses frustrations, en regardant l’avenir en sérénité et en sagesse, une Nouvelle-Calédonie fraternelle et plurielle peut se construire.
Les cris de souffrance et le sang versé hier a laissé place à des mains tendues. Des passerelles et des ponts ont été érigés entre communautés.  « Le pardon a eu raison du fardeau de la mémoire » comme le dit le premier noir Nobel de littérature, le nigérien, Wole Soyinka.
Cette projection idyllique peut devenir réalité dans le dialogue des cultures c’est ainsi que le poète, premier académicien noir, Léopold Sedar Senghor appelait les uns et les autres à « se reconnaître, pour œuvrer au-delà de leurs différences ».

Alexandre Rosada.
@ 2020

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