Pierre Gope, écrivain, metteur en scène Kanak, originaire de Maré

C’est avec Pierre Gope, écrivain, poète Kanak natif de Pénélo dans l’île de Maré que nous avons rendez vous Nous avons choisit de le rencontrer car il va bientôt être à l’affiche du Théâtre de l’île dans une pièce dont il est co-auteur avec Nicolas Kurtovitch “Les Dieux sont Borgnes”.
Nous n’abordons pas ce spectacle, dans notre entretien mais cette actualité nous permet de faire un arrêt sur cet auteur sensible, dont les textes autant poétiques que théâtraux sont souvent justes.
La plume de Pierre Gope est acérée et trempée dans les blessures de son peuple. Dans ses écrits Pierre Gope choque, dérange. Ses mots cinglants sont les marques d’un recul et d’un regard sans concessions surtout lorsqu’il s’agit de parler des valeurs ou plutôt de la valeur de la tradition….

Pourtant Pierre Gope n’est jamais critique gratuitement, s’il dénonce c’est pour alerter, alarmer…preuve d’une grande lucidité. De plus sa parole n’est jamais sectaire, réduite à un clan, une île ou une terre, il parle pour tous, pour tenter de dire l’essentiel et l’universel…

Il nous parle de son enfance à Maré dans la tribu, élevé par ses grands parents et assistant aux palabres des grands chefs coutumiers….”cela m’a marqué” dit il.
S’il a eu de la chance de ne pas aller à l’école poursuit-il c’est pour mieux apprendre la vie, dans la rue, sur les routes….Ainsi en 1990 Pierre Gope effectue un grand voyage autour de la Grande Terre, car c’est dans le mouvement et le déplacement que Pierre Gope se réalise.
Au contact des gens et d’autres cultures il se nourrit et s’enrichit…Tel un compagnon avide de savoir il est en quelque sorte en quête de lui même et des autres. “C’était peut être mon chemin dit-il, je cherchais quelque chose, je ne sais pas ce que je cherchais mais aujourd’hui je sais que je suis ancré dans ma terre.J’ai vécut des accueils avec beaucoup d’émotions”.
Avec vous appris quelque chose ? Tu ne sais pas si cela va te servir me répond-il mais tu communiques cela donne de la force…

Mais voila que le théâtre va croiser la route de Pierre Gope...En 1991 alors que Souleymane Koly répète avec sa troupe de théâtre Koteba à Rivière Salée, Pierre Gope, est appelé par hasard à jouer le rôle principal de la pièce…”J’ai laissé mes chaussures de foot dit-il et j’ai chaussé mes chaussures de scène”.
L’expérience est concluante, il part donc en Afrique avec la troupe, à Abidjan Cote d’Ivoire.
Là c’est encore le travail qui l’attends et son sens aiguë de l’observation, qui vont lui permettre de progresser..”L’Afrique c’est la même terre qu’ici dit il mais les gens sont plus proches, et moins jaloux qu’ici” poursuit-il faisant une analogie avec la Calédonie.
Un peu plus tard il rejoint Peter Walker au Vanuatu, puis travaille avec Peter Brook à Rennes en France.
Au même moment Pierre Gope éprouve le besoin de l’écriture et, très vite sa première pièce, voit le jour “Wamirat, fils du grand chef de Pénélo”.
De retour en Calédonie Il fonde aussi sa compagnie Cebue.
L’écriture est donc en lui, et petit à petit Pierre Gope devient un ouvreur de conscience, un donneur de sens à la tradition et à la modernité, mais aussi un passeur d’émotion lorsqu’il écrit en 1999 “S’ouvrir” un recueil de poèmes paru aux Editions L’Herbier de Feu”…
Cette année au Centre Tjibaou Pierre Gope, l’insatiable, jouait encore une nouvelle pièce “La fuite de l’Igname”…un texte grave et courageux sur la discorde au sein d’une tribu, avec l’équilibre menacé au sein de la chefferie…
Une manière de dire pour Pierre Gope, qu’il “y a une fuite d’unités dans nos chefferies, de Maré ou d’ailleurs”. “J’ai utilisé le mythe poursuit-il mais les problèmes sont là, on a oublié le verbe être au détriment du verbe paraître… mais je ne critique pas affirme Pierre Gope, c’est un constat, il faut le dire…on dirait qu’on a perdu le sens…et, ajoute-t-il ce texte ne s’adresse pas qu’aux Kanak il s’adresse à tous, confirmant ainsi l’ universalité de son propos.
Alors comment qualifier l’écriture de Pierre Gope ? Il énumère tour à tour, une écriture politique, humaine, sociale, individuelle, et poursuit “je ne sais pas, mais j’essaie d’être à jour pour parler des choses. J’écris pour être proche des événements, comme pour alarmer” dit il…”mais je ne donne pas de solutions”.
Nous continuons notre entretien sur le thème de la Coutume. Relie-t-elle les hommes, et ne pèse-t-elle pas trop fortement sur les individus ? La coutume est bien, dit Pierre Gope mais les gens qui la pratique parfois ne sont pas bien dit-il sans complaisances.
Quel est votre rêve pour ce pays ? Un rêve ? Pierre Gope réfléchit, “je rêve qu’un jour ce pays soit une terre ou l’on se rassemble tous, comme dans un bateau où nous serions embarqués et qui va dans le bon port” conclue t il.

Entretien réalisée en 2002

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