La quête du centre

Faire revivre l’esprit de sagesse sans religion et sans prêtre. Le chantier est difficile. Mais il vaut que l’on s’y attelle pour retrouver une forme d’intégrité primitive. « C’est le difficile qui doit être le chemin » nous dit Kierkegaard. Et puis tout ne préexiste –t-il pas au fond de nous, comme le professait Socrate ? Il suffit de rallumer l’étincelle, et faire accoucher, en humilité, une nouvelle perception de la réalité.

Au risque de mourir aux yeux des ignorants, des fanatiques et des ambitieux dévoyés, nous sommes engagés sur la voie du renouveau. Un renouveau basé sur le sentiment, le cœur, l’amour, car l’humain doit être bon, comme le prêchaient deux initiés, Bouddha et Jésus. Ils surent convaincre à la fois le peuple, les petits, les humbles, mais également les docteurs, les riches, des classes et des castes dirigeantes.
Ainsi notre chemin est celui de la quête perpétuelle du centre.
Celui de  l’unité contre une société violente, noyée dans le trop-plein d’elle-même et en proie aux dérèglements de la condition humaine. Elle nous conduit inévitablement au refus de l’autre.
Ce refus de l’autre est un mal être personnel, mal assumé. Le repli sur soi, nous le savons, ne conduit nulle part. Dans cette posture, l’humain ne connait pas sa vrai place, ni sa vraie démarche, alors, comment pourrait-il comprendre celle des autres ?
Revenir au centre c’est donc adopter une attitude d’ouverture et d’acceptation, en pleine connaissance de soi.
Socrate nous disait « connais-toi, toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ». Il s’agit donc de s’accepter comme nous sommes pour aller vers le centre et l’amour sublimé et raisonné.
Autrui devient soi, et j’aime ainsi, mon prochain comme moi-même.

Nul ne peut le nier, sans le centre il ne saurait exister de cercles concentriques autour duquel nous gravitons, telles les planètes dans l’univers qui évoluent en une musique harmonieuse de sphères, selon  la théorie pythagoricienne reprise par Platon et Aristote.
Tout notre être, et à fortiori notre âme, animée du souffle de la vie,  nous invite à vivre intérieurement sur la voie de la sagesse.
Ce centre, si mystérieux, c’est ce moment où la vraie parole émerge, et où la matière se transforme en spiritualité. La grande lumière chasse les ténèbres, une loi nouvelle se révèle, un trésor caché émerge, avec bonheur.

Mais comment ce centre se révèle-t-il ? Il me semble qu’en interrogeant souvent notre spiritualité, nous obtenons par le questionnement intérieur, les textes, ou encore les lectures, une interprétation personnelle de l’esprit qui est en nous.
C’est par son absence, que nous faisons vivre la présence de la transcendance absolue. Elle nous met en mouvement vers quelque chose d’inconnu, loin de nos certitudes. En sortant de la pure théologie et du dogme, nous parvenons, à faire émerger ce dépassement par l’esprit.
En fréquentant souvent  notre spiritualité, en lui posant souvent les questions, notre centre émerge, et nous sortons de la parole endormie.

L’appel est émotion. Il crée en nous des variations. Appeler le principe c’est déjà vouloir aller vers le centre et franchir des portes et ponts. Avoir la force de porter en soi cette quête du centre pour l’atteindre et le devenir, c’est comme se poser la question de la présence du principe dans la barbarie des camps de la mort. Nulle désertion, aucune absence de sa part, mais au contraire une simple question qui s’impose, celle de l’homme porteur du principe, et  sa capacité à le faire vivre, pour devenir ce centre du cercle. Ce point-microcosme au cœur du cosmos où nous sommes, où je suis.

Croire en cela, n’est ni soumission, ni asservissement. Croire c’est simplement accueillir le silence, et le vide, pour créer un nouveau langage. Ainsi l’imprononçable devient nom, l’ineffable du principe devient appel.
Car le principe est interrogatif et cette interrogation se retourne contre nous, pour nous poser la question, celle de trouver la réponse : notre réponse.
Une réponse qui transfigure notre perception de nous et du monde. Une exigence de perfection pour être en règle avec soi. Une recherche de renversement des valeurs, où les bons seraient les affligés et les moins bons, les rassasiés.
Devenir le centre est pour moi, une forme d’espérance permanente qui nous recentre constamment dans notre envie d’ouverture à une gloire céleste, échappant de fait au principe temporel.
Laisser entrer cette lumière immatérielle comme une vérité toute entière dans laquelle je me reconnais.
Comme Lazare serait mort en absence de confiance et de foi, je m’accomplis et deviens centre, en renaissance,  dans une allégresse surnaturelle, dévoilant une passion à venir, ni chagrine, ni doloriste.

@Alexandre Rosada – 2020

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