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La philosophie humaniste antique peut-elle inspirer le Chevalier Rose Croix ?

Avant de répondre par oui ou non à cette question j’aimerais en aborder les points de convergence voire de divergences. La philosophie  est voie d’amour de la sagesse et le Chevalier Rose croix porte en lui le sacrifice de sa vie en foi, espérance et charité. Charité ou caritas rien d’autre que l’amour du prochain. Voila deux axes complémentaires qui s’unissent pour former une même ossature invisible.
Les deux démarches forment  la charpente enfouie sous la pierre apparente, la colonne intérieure qui soutient le Temple lorsque les murs chancellent.

Car avant les dogmes, avant les Églises, la Gnose, avant les idéologies et les empires,

il y eut cette question simple, terrible, inaugurale :

Qu’est-ce qu’un homme juste ?

Cette question est la première pierre de toute initiation et la philosophie humaniste antique incarne cette pensée que l’homme n’est pas fait pour obéir aveuglément, mais pour comprendre, choisir et se transformer.

Elle n’est pas un dogme mais une école de lucidité, de responsabilité et d’humanisation.

 

Le Temple que nous bâtissons, mes Frères, est certes fait de pierre dans son plan opératif,  mais il est surtout fait  de réflexion, de conscience, de courage et de chair sur le plan spéculatif.

Et lorsque le Chevalier  reçoit l’Épée, ce n’est pas pour défendre ni ravir un territoire, mais pour garder vivante cette question, au cœur même d’un monde qui la fuit.

 

A l’origine Socrate n’a rien écrit.

Il n’a fondé ni école, ni Église, ni système.

Et pourtant, il est à l’origine de toutes les initiations véritables.

Il marche pieds nus dans Athènes, interrogeant les puissants, dérangeant les certitudes,

détruisant les fausses évidences avec une arme unique : la parole droite.

« Une vie sans examen ne mérite pas d’être vécue. » dit-il

Cette phrase n’est pas philosophique.

Elle est initiatique. Socrate n’enseigne pas : il déconstruit. Il n’impose rien : Il oblige chacun à se tenir face à lui-même.

 

Dés lors nous pourrions affirmer qu’Il est le premier Chevalier de l’histoire,

car il préfère la mort à la compromission, la ciguë au reniement,

la vérité nue au confort du mensonge collectif.

Comme Hiram, il est condamné par ceux qu’il éclaire.

Comme le Juste, il devient coupable d’avoir refusé la servitude intérieure.

Comme le Rose-Croix, au 18e degré, il a reçu la Rose de la connaissance du cœur.

Platon philosophe majeur de la pensée grecque, nous apprends de son côté que « L’âme a contemplé la Vérité avant de tomber dans le corps. ». En clair nous revivons ce qui en nous préexistait. La conscience ne fait que réveiller cette connaissance pour qu’elle enflamme les braises de notre feu intérieur

La Rose elle aussi,  est cette mémoire lumineuse. La Croix est la chute dans la matière.

Le Chevalier Rose-Croix est donc un Platonicien initié : il cherche à réunir, l’Idée et la Chair, la Lumière et la souffrance en toute humilité, tel le plus humble de tous.

Ainsi l’âme reconnaît la Vérité sans jamais la posséder. Le Rose-Croix marche avec cette humilité souveraine : savoir qu’il ne sait pas, et pourtant se rappeler l’Essentiel.

Car ces philosophes Grecs n’étaient ni prophètes ni idéologues. Comme des frères, comme nous tous francs-maçons, simplement humains et comme nous tous  ils dialoguaient simplement de l’homme à l’homme cherchant l a vérité, la parole, une parole perdue enfouie et in fine retrouvée comme l’éveil platonicien qui sommeillait en nous jusqu’à ce que l’appel intérieur se  manifeste. 

Comme ces Grecs qui ont irrigué la pensée des mondes, nous poursuivons  aujourd’hui l’inlassable œuvre de notre destinée dans la destinée du temps qui passe.mais laissons  les parler ces humanistes antiques et contemporains. Laissons les se répondre dans ce dialogue imaginaire au cœur d’un minuscule théâtre.

 

Décor.
Des colonnes grecques soutiennent un fronton de marbre pâle. À l’arrière, dans une pénombre dorée, se dessine un Temple maçonnique. Les siècles s’y rencontrent comme des Frères en tenue.

Socrate avance le premier, pieds nus sur la pierre froide. Il interroge l’assemblée invisible :
— « Une vie sans examen mérite-t-elle d’être vécue ? »
Sa question suspend le temps.

Platon incline la tête. Il répond comme on ravive une mémoire ancienne :
— « Apprendre, c’est se souvenir. »
Aristote, plus ferme, inscrit la pensée dans la Cité :
— « L’homme est par nature un animal politique. »

Alors Rome entre en scène. Cicéron élève la voix :
— « Le bien du peuple doit être la loi suprême. »
Sénèque lui succède, presque paternel :
— « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas… »
Marc Aurèle, en empereur austère, conclut la séquence antique :
— « Gouverne-toi toi-même. »

Alors Les Lumières surgissent comme un éclair maîtrisé. Voltaire défend la parole libre. Rousseau rappelle la liberté originelle. Diderot ouvre les livres au peuple. Kant, grave, lance son défi :
— « Sapere aude. » (ose savoir)

Le XIXᵉ siècle apporte également sa lutte et sa vérité. 

Hugo tonne contre l’injustice. Zola brandit l’évidence morale. Puis le XXᵉ siècle scientifique murmure à son tour : Einstein exige une conscience, Marie Curie appelle à comprendre.

Enfin, Havel rappelle que la politique doit agir moralement, et Simone Veil pose la limite infranchissable : la dignité humaine.

Un silence inhabituel descend entre les colonnes.
Toutes ces voix, différentes et pourtant accordées, semblent converger vers le centre du Temple.

Socrate reprend la parole, et dit doucement :
— L’examen de soi fonde la justice.

Et l’on comprend alors que ces siècles ne dialoguaient pas pour convaincre, mais pour transmettre : la Cité ne tient debout que si la pensée éclaire le pouvoir, et si la conscience précède l’action.

Ainsi les philosophes antiques ne sont pas morts.Ils ont  juste changé d’enveloppe humaine. Ils réapparaissent plus radieux que jamais au fil du temps. Dans les Loges, hors les loges, En nous. Ils transmettent, et transmuttent.
Ils sont une partie du Logos affirmation reprise par Saint Jean dans le Nouveau Testament
“ Au commencement était le Logos”.  Ils sont la parole du Dabar dans la tradition juive . Dans la Torah, Dieu crée par la parole :« Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. » (Genèse) ou encore ils sont  Hockmah Sagesse  ou Shekinah Immanence donc présence et  transcendance.

Au risque de choquer je dirais que L’Islam aussi est imprégné de philosophie antique Grecque car ici également le verbe n’est pas Dieu mais l’expression de sa volonté. Une Parole absolue  qui guide l’humain « Quand Il veut une chose, Il dit seulement : “Sois”, et elle est. » nous apprend le Coran. A nous de vivre ces dogmes sans radicalisation mais en coordination avec notre quête initiatique  et un équilibre s’établira.

En nous chevaliers cette philosophie antique humaniste  veille encore, en silence, dans chaque décision juste  et dans chaque faute qui les oublie. Nous sommes héritier de Socrate, du Christ et des bâtisseurs du Temple, nous avançons dans le monde non pour dominer, mais pour réparer ce qui a été brisé.

Alexandre Remo ROSADA

Écrivain et Journaliste.

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