Le racisme commence peut-être moins par la haine de l’autre que par notre étrange besoin de lui attribuer nos propres désordres. René Girard nous a appris combien les sociétés humaines sont traversées par le désir mimétique : nous désirons ce que l’autre désire, nous convoitons ce qu’il possède, et bientôt celui que nous imitions devient notre rival. Alors commence la mécanique dangereuse.
Mais qu’en est-il en Franc-maçonnerie ? Nous affirmons que le Temple rassemble ce que le monde profane sépare. Nous parlons de tolérance, de fraternité, d’égalité et de pluralisme. Magnifique ambition. Mais franchir la porte du Temple ne suffit pas à abandonner miraculeusement ses préjugés sur le parvis. Le racisme peut entrer en Loge vêtu d’un costume sombre, décoré d’un tablier et convaincu d’être devenu tolérant. Voilà peut-être pourquoi le pavé mosaïque demeure une leçon extraordinaire : le noir et le blanc ne s’y combattent pas. Ils ne cherchent même pas à devenir semblables. Ils demeurent différents et construisent pourtant ensemble le même Temple. La véritable fraternité commence peut-être exactement là : lorsque nous n’avons plus besoin de fabriquer un autre pour savoir qui nous sommes.



