L’EXIL COMME PARADIGME DE LA CONNAISSANCE

Un paradigme est  en sciences humaines et sociales, une représentation du monde,
une manière de voir les choses, un modèle cohérent du monde qui repose sur un fondement défini.

 

Ainsi le premier temple est détruit.

Les Grands Elus Parfaits et Sublimes Maîtres détiennent le secret du nom ineffable dans leur cœur, afin qu’il ne soit pas malentendu. Galaad est mort, le tétragramme est martelé, mais le silence reste gardé. Nous sommes,  Grand élu pour notre découverte par la providence, Parfait pour avoir accompli notre apprentissage et prêt à le transmettre, Sublime pour connaitre connaissance et vertu,  et Maîtres bâtisseurs de soi au service des autres.
Nous quittons les décombres du temple matériel  pour nous engager dans le chemin d’un exil pour reconstruire un temple spirituel. Comme le peuple hébreu, en errance, nous cherchons notre liberté, afin de créer une  nouvelle Alliance avec le principe supérieur. Comme Perceval dans la légende arthurienne nous sommes en quête du Graal avec l’enchantement du cœur.
Mission personnelle, et combat intime pour nous-mêmes et contre nos ennemis.

L’exil de Babylone vers Jérusalem nous invite à méditer sur la question du centre réel et substitué. Substitué comme Babylone, réel comme une Jérusalem, encore occultée mais en devenir. Errant, tel le chevalier d’orient et de l’épée, ma trajectoire se déroule en deux actes, partir et revenir, traverser en volonté le pont reliant l’ancien temple détruit pour aller en joie vers le nouveau à édifier. Une mort et une renaissance comme le sont les mystères. En voyage incessant, je suis en quête d’aventures grâce à Dieu et aux étoiles qui m’accompagnent dans mon déplacement. L’errance est une voie qui donne à ma destinée toute sa raison d’être. Une voie qui me conduit vers ma recherche d’amour humain avec ses épreuves à traverser pour atteindre le temple de chair et d’esprit. Comme ces obscurités à dissiper dans mon propre cœur.
Nos vies humaines sont faites de révélations. Ce moment, où ce qui n’est qu’un moment, se transforme en destin à travers le temps. Le résultat ne se dévoilera qu’au terme de l’aventure.

Ainsi, ma liberté de passage doublée de ma liberté de penser, m’invite à une liberté de mouvement et donc d’action. Le chevalier Maçon que je suis, à ce stade de sa quête, est en recherche de la reconstruction d’un nouveau cycle, une nouvelle séquence de sa destinée.
Le Pont est à ce titre ce médiateur entre ces deux états, comme l’arc en ciel est un lien entre monde céleste et terrestre, décrivant l’union, et le lien possible, du pouvoir temporel et spirituel. Trismégiste nous disait que ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas. La spiritualité Universelle transcendante est du domaine du possible dans mon immanence.

Chevalier de l’exil, me voici donc,  en marche, avec comme mission, ma propre libération et ma reconstruction. Partir d’une terre  maudite, athée et stupide, j’ai reçu l’ordre de m’élever. Doté de valeurs éthiques, la foi, l’amour et l’espérance, je marche heureux, par monts et par vallées. L’exil devient ainsi une route vers un autre niveau de conscience et de spiritualité.  L’errance est une voie pour lire les signes qui donnent à toute destinée la couleur de l’amour.

Mon labeur est grand pour rester ferme et constant dans mes convictions. Surtout il faut me rétablir de manière cohérente en témoignant de ma paix intérieure et en lien avec les autres. Ma voie est celle de la lumière et de la clarté, non celle des ténèbres et de la confusion. Encore moins celle de la dispersion et de la perte de la parole originelle. Les épreuves sont nombreuses pour mener à bien ma vie temporelle. Autour de moi  gravitent des amis mais je le sais, autant d’ennemis. En moi cohabitent également des ténèbres que je dois percer avec discernement,  pour me défendre des démons tapis dans l’ombre. Tel Yvain, le preux, chevalier au lion,  je suis investi de cet appel pressant, comme celui du temps de la pentecôte, où le temps circule librement formulé par ce nouveau langage composé de l’esprit des langues de feux.

Sur mon chemin, je songe à nouveau à la citadelle que je viens de quitter. Une ville qui avait jadis,  connu un certain éclat. Savants, philosophes, médecins et prêtres y enseignaient le savoir et la connaissance. Aujourd’hui la ville est devenue sombre.
A l’origine de cette chute ? La perte du sens, et de la substance primordiale, à cause d’un monarque, descendant d’une lignée de prophète. Il a accumulé lors de son règne, contre-valeurs, instincts de possession, domination et luxure. Se détourner de la Loi n’épargne personne, ni les têtes couronnées, ni les gueux. Lui s’est crut investi de pouvoirs illimités et se détournant de la Loi du Principe, sacrifiant aux idoles,  il commit par son propre crime, sa propre chute,.
Les êtres qui peuplaient la cité à l’image de leur souverain parjure, se sont également désintégrés, ne cultivant que leur partie animale, précipitant évidemment la fin d’un cycle vertueux.

Ainsi invité à quitter le lieu de mes habitudes confortables, je chemine vers une terre inconnue et spirituelle. Des voyages de Noé, Abraham et Moïse, tous se sont levé pour marcher tel Jésus nous exhortera de nous mettre en mouvement entre la peur de ce que nous quittons et l’espérance de ce que nous trouverons. Comme les deux testaments trace des voies, nous initiés passons, d’exil en retour d’exil,  de la construction du temple matériel au temple spirituel. Sur mon âme s’opère la séduction de l’étrange et me rend étranger à moi-même. J’entre en communication avec, l’autre monde,  l’invisible pour mieux découvrir le vrai sens du visible.
Il est très humain de passer de l’ombre à la lumière, de divergences en convergences, de morts en renaissances. Ces crises de transitions, tel l’exil comme paradigme de l’initiation maçonnique, nous oblige à faire bouger les lignes, à une transmutation, à des transgressions positives. Tel la matière qui se dissout et se coagule, nous allons de déstructurations en reconstructions, indispensable perfectionnement à la quête initiatique.

Cet exil s’il est sur le plan terrestre et matériel, comme le sont les souffrances dans la chair, les déchirements à sa terre, à son pays natal, à ses racines….il est également sur le plan céleste et spirituel car l’exil permet cette respiration sur soi, et sur sa propre régénération. Il s’agit de sortir du désert de sa vacuité, pour retrouver une forme de rachat et de rédemption. Cet exil-là, permet une forme de pénitence et d’expiation sur la voie de l’ultime perfection. Ulysse, le retour, la circulation, pour se retrouver et retrouver sa patrie, Dante et ses chants de l’enfer, nourris de son expérience d’exilé, je suis, nous sommes tous, un jour mort à nous-mêmes. Cela fait partie des mystères de nos vies. Il y aura toujours un peu de lumières au fond de l’ombre et, un peu d’ombre au plus brûlant de la lumière. Rien ne va à rien, rien ne nous vient d’ailleurs,  tout est en nous, en attente de nous, précise Alighieri au XIIIe siècle. Pour tout homme ou femme, un jour, le Temple est détruit. Qui ne s’est jamais senti abandonnée de tous ? Dans le désert, aspirant à autre chose ? Qui n’a jamais été découragé, dans un sentiment d’exil, alors que nous sommes en attente d’amour ?

Bien sûr tout est symbole, nous le savons et comme le travail nous demande incessamment  de monter et de descendre vers l’unité avec les hommes vertueux, nous traversons ces états, qui nous dirigent sur le plan universel en nous approchant de la transcendance.
Je pense que la lumière ne saurait trouver demeure que sur une autre réalité, pour résister à la présence obsédante du mal.
Dans la forêt du monde mon âme solitaire est aspirée par une parole neuve. Chevalier errant je poursuis mon voyage dans cette image du monde des commencements. Souvent terre sauvage hostile aux humains, la forêt est également lieu de refuge, de méditation dans les profondeurs des bois. Aux détours des creux, des troncs et des branches, la clairière permet à la lumière venant du ciel de se poser. Dans ce lieu d’exil volontaire, l’amour peut renaître, assis sur des lits de fleurs, ou sur la couche d’herbe tendre. Ici dans cet endroit de révélation, et d’initiation,  livré aux caprices de la seule nature, je déchiffre, en partie,  le message de l’invisible qui me touche.

Chevalier de l’esprit en quête de construire la Jérusalem céleste, je quitte un cycle pour en aborder un nouveau basé sur la délivrance. Doté de mes seules forces j’entreprends d’aller vers la libération. Il s’agit d’une rectification, en liberté, conscient de ma finitude et de mes imperfections.

Nous le savons, les nourritures terrestres ne procurent qu’insatisfaction, et nous sommes en exil, irrémédiablement dirigé vers ce qui nous élève. Nous tentons de gravir inlassablement l’échelle pour atteindre la hauteur véritable. Sans orgueil, ni défiance, sans provocation d’un quelconque courroux divin, mais simplement en humilité, cherchant la voie du juste milieu, celle de la  lumière, de l’union harmonieuse du ciel et de la terre.
Il s’agit de faire parler son cœur, pour initier le dialogue avec soi mais également avec l’autre, mon ami, mon frère.
En chevalier errant en exil permanent, il s’agit d’utiliser l’amour, cet outil, comme une transition et un moyen de transcendance pour renaître plus radieux et sublime que jamais. Les combats contre le doute, les démons de l’obscurité sont fréquents mais, ces épreuves au lieu de m’enfermer, me libèrent entre déchéance et rédemption.  Hésitant, humble, je marche éclairé de l’intérieur vers cette illumination.
Ainsi l’Exil est, pour moi,  est ce paradigme de la connaissance. Dans la douleur de ma recherche, au plus profond de ma souffrance d’exilé,  l’initié que je suis espère, inlassablement…

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