Jean Lanchon, ancien Directeur de la SLN

Histoires Pays,
Pays D'Histoire...
Une émission radio de

Kareen Cornaille, Historienne

Au sommaire aujourd'hui :

L'Evolution Calédonienne de 1969 à 1975...

1ère Partie

Mercredi 26 JUIN 2002 Radio Nouvelle Calédonie.

...Parler d'un telle période dans l'Histoire Caéldonienne, c'est tout simplement parler d'une époque riche en évolutions et en mutations pour le Caillou...
En effet alors que la Calédonie est en pleine croissance économique avec les effets du Boum du Nickel qui se feront sentir jusqu'en 1974, l'état Français fait appliquer les Lois Billotte localement et reprends du pouvoir à l' Assemblée Territoriale.
C 'est aussi le moment du retour des étudiants calédoniens de métropole où ils ont vécut pour certains Mai 68, et la naissance en Calédonie de multiples formations politiques mélanésiennes, comme les Foulards Rouges, sans oublier la revendication identitaire qui va se formuler jusqu'en 1975 , et culminer au travers du Festival Mélanésia 2000.
C'est dire si cette période 1969-1975 est riche tant économiquement que socialement que politiquement !

Dans cette première Partie nous évoquons l'évolution Calédonienne au travers des effets du Boom puis l'arrivée des Lois Billotte. Notre deuxième partie traitera du "réveil mélanésien", toujours dans le contexte d'évolution économique et sociale Calédonienne.

PREMIERE PARTIE


Nous voici donc en 1969 sur le Caillou.
Le boom à débuté depuis plusieurs années déja, et le pays est en pleine métamorphose...
Les cours du Nickel s'envolent, le pays se modernise, de nouvelles banques ouvrent à Nouméa et en brousse, le niveau de vie et la consommation décollent : voitures, télé, radio, immobilier... les retombées du Nickel "dopent" l'économie...
On fait appel à des immigrants pour la main d'oeuvre, et les métropolitains s'installent aussi en masse en Calédonie.


Nous avons rencontré des personnes de la société civile, mais aussi des acteurs économiques et sociaux. William Trongadjo, ancien rouleur sur mine, nous dit qu'a cette époque "on trouvait du travail sans problèmes"...Max Chivot, économiste et Roger Kaddour nous parlent du "boom immobilier au Mont Dore et à Nouméa", et Vendico Ardimani, entrepreneur de travaux publics évoque l'arrivée des multiples corps de métiers permettant la construction.

Sur place à coté du "géant SLN
" il y avait ceux que l'on appelle les "petits mineurs" ce sont souvent des grandes familles ou bien des groupes financiers précise le regretté François Doumenge.

L'euphorie de cette époque gagne aussi les groupes industriels étrangers .Tous veulent une part du "gateau calédonien" et le "délire" est de rigueur, l'argent coule à flot nous dit Georges Chatenay, ancien avocat et homme politique.
Jean Lanchon ancien directeur de la SLN, précise que les programmes d'investissements ont été intensifiés pour assurer la production.
La Calédonie affichait alors un taux de croisssance de 9% alors qu'il n'était que de 5% en métropole !!!


Max Chivot raconte l'euphorie sociale et le brassage humain que provoquait la prospérité économique. "L'ambiance était fantastique et avec ces travailleurs venus pour dévelloper le Pays, les mariages mixtes ont explosés sans parler des taux de concubinages" dit-il en souriant...
William Trongadjo
évoque la joie d'être rouleur sur mine à cette époque.."même si le travail était difficile, avec la pluie, la boue et la poussière, on avait de bons moments...dit-il
Tous les travailleurs étaient ensembles, et, de se souvenir des veillées avec sa guitare et les bains de minuit" ...
Bref le vertige du Nickel prends tout le monde...et chacun se met à chercher l'or vert nous dit Bernard Brou, historien, aujourd'hui disparu...Certains trouvent et font fortune, d'autres s'amusent, enfin d'autres ne s'y retrouvent pas, nous disent Roger Kaddour et Vendico Ardimani. Les Kanak pour leur part étaient surtout en tribu pour les uns, et d'autres découvraient cette société de consommation précise Elie Poigoune, Président de la ligue des Droits de l'homme en Calédonie.

C'est dans ce contexte économique favorable au Caillou que l'Etat va promulguer les Lois Billotte, du nom du Ministre de l'Outremer de l'époque.
Elles vont faire l'unanimité contre elles, on les surnommera même les "lois scélérates".
Elles seront promulguées au Journal Officiel le 17 Janvier 1969.


La première loi a pour objet de mieux organiser la recherche minière, en fait elle soumet la recherche du nickel, du chrome et du cobalt à l'obtention difficile de permis de recherches...les deux autres lois concernent les communes, et modifient le régime fiscal.
Ces Lois cristallisèrent les mécontentements et rencontrèrent une forte opposition à l'Assemblée Territoriale, nous dit Kareen Cornaille, historienne. Georges Chatenay, nous dit que l'état voulait faire "main basse" sur le Nickel et nous raconte une entrevue avec Billotte à Paris. Jean Lanchon évoque ces lois et précise l'intérêt du pouvoir central à proteger le patrimoine national.
Selon François Doumenge, ces lois ont anticipées les crises minières mondiales à venir, enfin remarque Bernard Brou "ces lois Billotte sont toujours en vigueur".
Un texte lu des conseils des Ministres présidé par De Gaulle, de 66 et 67, tiré du livre de Roger Pierreffitte "C'était de Gaulle" nous éclaire sur cette centralisation décidée par Paris.

Georges Chatenay, ancien avocat et Homme Politique
Nous achevons notre émission "Histoires Pays Pays d'Histoire" en évoquant l'éclosion des multiples mouvements ou partis politiques mélanésiens..."un formidable mouvement de liberté et d'expression pour la jeunesse, une trés forte envie de changer les choses " nous dit Elie Poigoune.

Olivier Houdan, historien, fait le point sur la "donne politique locale à l'époque".
Ce "réveil mélanésien" fera l'objet de la deuxième partie de notre magazine.


"Histoires Pays-Pays d'Histoires "
un Magazine Radophonique proposé et réalisé par Alexandre ROSADA